Colloque en éducation relative à l’environnement
TOUS POUR L’ÉRE

Nous vivons dans une époque où nous avons un impact tellement important sur l’environnement que des scientifiques ont proposé une nouvelle ère géologique de la Terre: l’Anthropocène. Cette ère aurait remplacé l’Holocène, témoignant que l’humain agit dorénavant comme marqueur de changements géologiques et écologiques majeurs. De nos jours, cette empreinte humaine est manifeste à travers les changements climatiques, l’exploitation effrénée des ressources du sous-sol, l’agriculture intensive, la pollution industrielle, l’exploitation abusive des océans, les marées noires, entre autres; ces manifestations négatives sont causées majoritairement par la surpopulation humaine et la surconsommation encouragée par le capitalisme. Si l’on considère l’ensemble des mammifères terrestres à l’heure actuelle, la place des humains occupe 36% du total de la biomasse. Pour sa part, l’élevage intensif des animaux a pris de telle proportion que ces derniers occupent 60% de la biomasse, ne laissant aux mammifères sauvages qu’un maigre 4% (Bar-On et al., 2018). Il ressort de ces statistiques désolantes que notre consommation de produits animaux doit diminuer dramatiquement, si nous voulons préserver la biodiversité de notre planète.

L’utilisation excessive des énergies fossiles par l’être humain modifie la composition de notre atmosphère; les gaz à effet de serre s’accumulent occasionnant un réchauffement se répercutant négativement sur le climat. Les dérèglements climatiques occasionnent plusieurs manifestations destructrices:  ouragans, inondations, tornades, sécheresses, épidémies (Cabane, 2015). Il importe de changer notre rapport à l’énergie et diminuer voire éliminer la consommation d’énergies fossiles, si nous voulons réduire l’impact de ces dérèglements et éviter le pire devant l’urgence climatique (Lefebve, 2020).

En Amérique du Nord, avant la venue des Blancs, les Amérindiens vivaient en harmonie avec la nature. Pour eux, Kitchi Mikinak (l’Amérique du Nord) assurait leur protection. La venue des Blancs en Terre d’Amérique a tout bouleversé. L’Amérique c’est la Terre du peuple Rouge; puis les Blancs se sont installés à demeure avec les peuples Noirs et Jaunes créant ainsi une mosaïque culturelle fascinante (Couture, 2020). La population croissante en Amérique crée une pression énorme sur ce vaste territoire et ses ressources, occasionnant ainsi de nombreux défis socio-politiques et environnementaux. La perte du lien à l’environnement fait en sorte qu’aucune prise en charge réelle n’est effective pour solutionner ces problèmes. Chaque individu ne peut plus continuer à en vouloir toujours plus pour satisfaire ses petits besoins personnels. Le « nous » doit supplanter le « je » (Mezirow, 1981). Tous ensemble, nous devons travailler pour retrouver l’harmonie avec la nature, avec la Terre. Pour ce faire, il existe un puissant outil à notre disposition: l’éducation. Par l’éducation émancipatrice (Freire, 1970), nous pouvons amener les futures générations à vouer un plus grand respect à la nature et à changer leur mode de vie pour adopter des habitudes saines et respectueuses de la biodiversité.

Selon Sauvé (2007, p.1), « l’éducation relative à l’environnement nous invite à transformer, améliorer ou enrichir notre rapport à l’environnement, cette ‘’maison de vie ‘’ partagée où l’on doit apprendre à vivre ensemble, de façon harmonieuse ».  L’éducation relative à l’environnement (ÉRE) vise à éduquer aux valeurs de respect environnemental et de protection de la biodiversité, ainsi qu’à outiller les apprenants pour qu’ils développent des actions plus justes, en harmonie avec les écosystèmes. Elle se définit comme: un processus permanent dans lequel les individus et la collectivité prennent conscience de leur environnement et acquièrent les connaissances, les valeurs, les compétences, l'expérience et aussi la volonté qui leur permettront d'agir, individuellement et collectivement, pour résoudre les problèmes actuels et futurs de l'environnement. (UNESCO-PNUE, 1990, p.3)

Développer une conscience écologique fait partie de la mission de l’ÉRE. Les contenus à enseigner et à apprendre à l’école, déjà foisonnant, demandent de la part des acteurs éducatifs, une dose importante de créativité pour éviter la surcharge cognitive et émotive des élèves. Il apparaît que l’enseignement des sciences et technologies (ST) serait une matière scolaire de prédilection pour intégrer l’ÉRE (Barroca-Paccard et Dionne, 2020). Les programmes provinciaux en ST présentent plusieurs objectifs et attentes liés à cette éducation par, pour et sur l’environnement (Sauvé, 1994).

Pour ce colloque, nous visons à encourager une meilleure intégration des pratiques et des valeurs de l’ÉRE dans les curricula et les pratiques scolaires, en particulier au travers des programmes de ST. Depuis quelques temps, un mouvement vise à partager des exemples de pratiques qui ont fait leur preuve en enseignement des ST (Dionne et al., 2017 – voir www.tableaust.ca). Ceci est un des objectifs que nous aimerions poursuivre, soit de sélectionner des pratiques en ÉRE, puis de les disséminer pour enrichir le répertoire des bonnes pratiques.

Ce colloque se veut un véhément appel à cheminer tous ensemble, mais aussi individuellement, vers une réflexion mais aussi en faveur d’actions concrètes pour l’environnement, que nous pouvons poser dans nos milieux respectifs. Il s’adresse principalement aux enseignants.es et éducateurs.trices francophones de tout le Canada, mais aussi à toutes personnes intéressées par l’ÉRE. Il vise tout d’abord l’importante mission de sensibiliser, voire de troubler les participants.es par rapport aux actions humaines qui contribuent incontestablement à la dégradation de notre planète. Comme mentionné, l’Anthropocène a remplacé l’Holocène, par cette empreinte humaine qui bouleverse les quatre coins de la Terre, empreinte dont nous devons prendre conscience pour la réduire. Nous avons le pouvoir de changer le design et la portée de cette empreinte pour rendre les actions d’origine anthropique plus douces et respectueuses envers la Terre; ceci ne peut se faire qu’en changeant individuellement et collectivement nos attitudes, comportements et attentes face à la vie et à la Terre.

Par ce colloque, nous souhaitons discuter de certaines solutions qui contribueraient à la transition écologique de nos villes, de nos campagnes et évidemment de nos écoles. Cette rencontre se veut une tribune pour dresser un portrait des avenues et des potentialités de l’ÉRE pour éveiller les consciences, mais aussi pour en comprendre certaines théories et en saisir des modèles et stratégies. Finalement, le colloque a pour objectif de préciser les applications concrètes de l’ÉRE en salle de classe.  Dans cette volonté de donner des clés pour agir en milieux scolaires, il sera aussi question de débattre des « qualités ou critères » des meilleures pratiques en ÉRE (Dionne et al., 2019). Enfin, nous espérons éventuellement assister au partage d’authentiques exemples de pratique en éducation environnementale, grâce à l’apport d’enseignants.es engagés. Le colloque servira de prologue à la poursuite, nous l’espérons, d’un travail plus assidu avec certains enseignants.es, lesquels auront le goût de s’engager dans une démarche pédagogique. Nous sommes convaincus que le travail à poursuivre avec les enseignants.es pourra porter fruits, pour aboutir à la dissémination de bonnes pratiques en ÉRE dans les milieux éducatifs francophones au Canada et dans le monde.

Nous vous attendons donc les 19 et 20 août 2021, dans cette optique pragmatique, mais combien fondamentale, pour sensibiliser à l’écologie, promouvoir l’ÉRE et disséminer largement cette éducation en milieu scolaire.

 

Liliane Dionne (Université d’Ottawa)

et Marco Barroca-Paccard (UQO)

 

pour le comité d’organisation du colloque « Tous pour l’ÉRE »

 

Références

  • Bar-on, Y.M., Phillips,  R. et Milo, R. (2018). The biomass distribution on earth. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS), 115(25), 6506-6511. https://www.pnas.org/content/115/25/6506

  • Barroca-Paccard, M. et Dionne, L. (2020).  Donner un nouveau souffle à l’enseignement des sciences et technologies au primaire. Vivre le primaire, 33(3), 36-37.

  • Cabane, L. (2015). Les catastrophes: un horizon commun de la globalisation environnementale. Natures Sciences Sociétés, 23(3), 226-233.

  • Couture, Y.H. (2020). Le retour de la Grande Tortue. Collection Racines amérindiennes. Senneterre : Éditions Hyperborée.

  • Dionne, L., Couture, C., Savoie-Zajc, L. et Petringa, N. (2019). The Tableau ST Project: Inspiring Francophone Teachers with Effective Science Practices. Alberta Journal of Educational Research, 65(4), 360-380. https://journalhosting.ucalgary.ca/index.php/ajer/issue/view/5171

  • Dionne, L., Couture, C., Savoie-Zajc, L., Aurousseau, E. (2017). Le Tableau ST : site web de pratiques gagnantes en enseignement des sciences et technologies au primaire. https://www.tableaust.ca

  • Freire, P. (1970). A pedagogy of the oppressed. New York: Seabury Press.

  • Lefebve, V. (2020). Dérèglement climatique et coronavirus, d’une urgence à l’autre.  Les @nalyses du CRISP en ligne. www.crisp.be, 17 mars 2020.

  • Mezirow, J. (1981). A critical theory of adult learning and education. Adult Education, 32(1), 3-27.

  • Sauvé, L. (2007). L’éducation relative à l’environnement. Une invitation à transformer, améliorer ou enrichir notre rapport à l’environnement. Dans C. Gagnon (dir.) et E. Arth, Guide québécois pour des Agendas 21e siècle locaux: applications territoriales de développement durable viable. http://www.a21l.qc.ca/9586_fr.html 

  • Sauvé, L. (1994). Pour une éducation relative à l’environnement : éléments de design pédagogique. Montréal: Guérin/Eska.

  • UNESCO-PNUE (1990). Éléments pour une stratégie internationale d'action en matière d'éducation et de formation relative à l'environnement pour les années 1990. Paris: UNESCO.